Armella, la Dame blanche de Kabylie
Conte fantastiquearmella_edition
Abdelmadjid Adour

Nous sommes en pleine guerre d’Algérie, fin 1961. Dans un petit bled de Kabylie, Elkseur, la belle Armella, née des amours d’un colon d’origine maltaise et d’une Berbère, tombe dans une embuscade FLN. Le jour de ses noces. Laissée pour morte, elle trouve la force de se traîner jusqu’au poste de garde avancé du village.

L’une des deux sentinelles, l’esprit bourré d’histoires de fantômes par son camarade de chouf, panique en voyant ce « spectre » blafard – Armella dans sa robe de mariée – et tire…

À partir de là, l’histoire, qui a commencé comme un classique récit de guerre, bascule dans le conte fantastique. Avec, autour d’un cimetière où sont enterrés les ancêtres d’Armella, dont sa grand-mère réputée « sainte », une série de phénomènes paranormaux.

Avec un art consommé du suspense, l’auteur convoque tout un peuple souterrain de djinns, de revenants, de zombies. Le père d’Armella est bientôt embarqué, par son épouse, Natassadit, digne héritière de la « sainte » grand-mère, dans un monde parallèle où il risque de laisser sa raison et sa vie…
Servi par une écriture atypique, ce livre oscille, pour notre plus grand bonheur et notre effroi, entre le réalisme cru et l’heroic fantasy.

DISPONIBLE SUR : www.atelier-folfer.com

Jean Giono (1895-1970), grand écrivain, auteur de romans et pièces de théâtre, parlant des chants Berbères de Kabylie de TAOS AMROUCHE a dit, je le cite :

« L’émotion intense de ces chants est sans précédent »

« Ces chants que Taos possède de tradition familiale, de source maternelle, sont l’expression même de la passion et du pathétique d’une race à son origine. C’est l’âme toute neuve, à l’orée des temps, qui s’exprime par eux. Tout ce qui a été modifié et détruit par la civilisation est ici à l’état natif. L’émotion intense de ces chants, qu’à proprement parler on peut dire magiques, est sans précédent. »

« Des chants à l’état natif », « l’expression d’une race à son origine », que de charmants mots pour exprimer un sentiment unique et profond de découverte de la vie et du plus attrayant espoir de bonheur à venir.

Taos Amrouche, elle, malheureusement, n’a vécu aucun bonheur dans sa vie, ou si peu, à part celui peut être qui lui a permis de nous transmettre ses trésors de chants berbères.

Elle disait à ce sujet :
« Priez avec moi du plus profond du cœur pour que le vœu naïf que j’ai fait il y a déjà quarante ans, je ne le trahisse jamais…, tant qu’il y aura un souffle de vie en moi, que ce souffle de vie soit mis au service de ces chants et de tous ceux qui leur ressemblent, qui sont la gloire et qui sont le trésor de l’humanité. »

Ainsi, voila que la demeure des Amrouche à Ighil Ali est en voie d’être classée comme bien culturel national et restaurée, ce qui devrait vouloir dire que Jean El-Mouhouv Amrouche, Taos Amrouche et leur mère Fadhma Ath Mansour sont désormais réhabilités après un ostracisme qui aura duré plus de cinquante ans.

J’ai été à l’école française. Cette école m’a fait apprécier la langue de Molière pour devenir francophone et même francophile à un moment donné et je dois déchanter, semble-t-il.

Car voilà que je suis obligé d’aller du coté de chez Goethe, ce n’est que sur les chaînes allemandes que je peux voir les parties de foot-ball que j’apprécie beaucoup.

 

C’est encore une histoire d’argent et de mauvaises fréquentations. En effet, ceux qui me permettaient aisément d’avoir accès aux chaînes satellitaires francophones autrefois facilement accessibles à partir de chez moi (Bejouira) ont maintenant passé des contrats avec des gens tellement mesquins et égocentriques qu’ils ne permettraient pas à une mouche de voler. Ces messieurs utilisent des moyens très sophistiqués pour brouiller les retransmissions sportives au risque de payer des sommes faramineuses rien que pour que le pauvre téléspectateur soit privé de matchs.

Alors tant pis, allons chez les Allemands et apprenons leur langue en regardant les matchs de foot qu’ils retransmettent gracieusement, en espérant que ces Allemands ne soient, eux aussi, dépravés un jour  par les riches arrivistes.

 C’est le déclin, c’est la décadence et la langue de Molière donne des signes que son aura, son auréole chez moi à Bejouira est en train de sombrer définitivement !

Il n’y a pas si longtemps, cette langue était si bien parlée et écrite, étant considérée comme un butin de guerre (comme le disait Kateb Yacine) et jusqu’à cette génération, elle était en état de grâce chez moi où les gens aiment la langue de Molière et excellent dans sa pratique de tous les jours !

Dans ma région de Bejouira, il y a des villages entiers qui parlent le français couramment dans leur vie de tous les jours et c’est à peine si l’on peut constater que des mots kabyles sont glissés par moments dans les discussions presque entièrement réalisées en français.

C’est l’argent et la lâcheté de ceux qui sont sensés défendre cette langue qui est à la base du déclin du français à Bejouira.

D’un côté, chez eux,ces gens sont coupables de privilégier les anglicismes et de faire régresser leur propre langue au profit de la langue anglaise. Au Québec, par exemple, l’émission de télévision « The voice » est de même facture que celle diffusée sur une chaine française mais la-bas elle se nomme « La voix ». N’est-ce pas étonnant ? En France, lorsque l’on veut prendre quelqu’un en photo on lui demande non plus de sourire mais de dire « Cheese », on ne dit plus presque plus « mauvais garçon » mais « bad boy » et j’en passe et des meilleures. C’est ainsi que peu à peu, détail après détail, on arrive à la catastrophe actuelle !

De l’autre coté, le comportement de ces gens sensés défendre leur langue et ses acquis séculaires, tournent le dos à nombre de pays francophones et francophiles pour des raisons superficielles (couleur, religion etc…) et refusent d’aider un tant soit peu à développer les acquis en matière de langue et de culture déjà bien ancrés.

Ainsi, à Bejouira, il fut un temps où regarder la télévision se résumait à regarder les chaines françaises depuis les chaines destinées aux bébés jusqu’à celles- là culturelles, scientifiques ou autres. Pour des raisons de capitalisme rampant, de bénéfices exorbitants et toujours insuffisants aux yeux des décideurs, toutes les chaines captées aisément et surtout gratuitement de ce coté-ci de la méditerranée, devinrent cryptées donc payantes . Les chaines Qataries et autres ont alors trouvé la brèche et ont profité au maximum pour déverser à flot leur culture et leur langue, leur us et coutumes. Parce que la langue véhicule une façon d’être, de penser, de s’habiller, la langue véhicule la civilisation. En dix ou vingt ans, chez moi à Bejouira, on ne parle presque plus qu’en arabe ( en plus du kabyle) et ne s’habille presque plus qu’en kamis !

 

L’Amazigh et le voleur

Aatar est un commerçant ambulant qui va de village amazigh  en village amazigh proposer toute une panoplie d’ustensiles et autres produits à la vente. Il fait du porte à porte et au fil des années il s’enrichit et son entreprise devint florissante. C’est un grand gaillard, bien portant avec un physique imposant. La marche quotidienne et le port des charges même s’il a son un mulet pour le transport des articles ont contribué à faire de lui un sportif endurant.

Un jour alors qu’il allait traverser une rivière au niveau d’un guet, il remarqua qu’un voleur bien chétif en apparence, le suivait de près et attendait que se présente l’opportunité de lui soustraire quelques marchandises.

Le sang d’Aatar ne fit qu’un tour, il prit peur et oublia qu’il pouvait se défendre grâce à son gabarit qui n’aurait fait qu’une bouchée du maigrichon voleur. Il souleva le mulet transportant les marchandises, hissa le tout sur ses épaules et traversa en courant le guet. Il ne se retourna qu’une fois la rivière entièrement franchie et  respira un bon coup après avoir déposé le mulet et son chargement à terre. Il fut soulagé en voyant le voleur éberlué repartir dans l’autre sens. Le voleur n’en revenait pas. Il hâtait la marche et se dit « tant de force aurait pu m’anéantir en un tour de main »

Imazighens sont capables de soulever des montagnes, ils en ont les moyens, ils sont intelligents, ils sont nombreux, et pourtant ils regardent leur langue se faire tuer à petit feu par une autre langue. Je ne comprends pas……….

Je vous invite à lire ces citations on ne peut plus manifeste  de notre grand écrivain Kateb Yacine

« On croirait aujourd’hui, en Algérie et dans le monde, que les Algériens parlent l’arabe. Moi-même, je le croyais, jusqu’au jour où je me suis perdu en Kabylie. Pour retrouver mon chemin, je me suis adressé à un paysan sur la route. Je lui ai parlé en arabe. Il m’a répondu en tamazight. Impossible de se comprendre. Ce dialogue de sourds m’a donné à réfléchir. Je me suis demandé si le paysan kabyle aurait dû parler arabe, ou si, au contraire, j’aurais dû parler tamazight, la première langue du pays depuis les temps préhistoriques… »

Kateb Yacine, Les Ancêtres redoublent de férocité, Bouchène/Awal, Alger, 1990.

 

 « L’Algérie arabo-islamique est une Algérie contre-nature, une Algérie qui est contraire à elle-même. C’est une Algérie qui s’est imposée par les armes, car l’islam ne se développe pas avec des bonbons et des roses, il se développe avec des larmes et du sang. Il croît dans l’oppression, la violence, le mépris, par la haine et les pires humiliations que l’on puisse faire à l’homme. »

Kateb Yacine, interview au journal Awal 1987)

 

L’étude de Patricia M.E  LORCIN  sur « le colonialisme et l’idéologie raciale » est très complète. Elle s’intitule : Kabyles, Arabes, Français : identités coloniales paru chez PULIM. Elle a nécessité, j’imagine, bien du temps pour consulter patiemment et avec la  minutie exigée tous les écrits et toutes les archives relatifs au thème traité (cet auteur cite les sources de façon toute aussi minutieuse).

Il est clairement expliqué dans cette étude que les responsables à haut niveau de la colonisation en Algérie ont tout fait pour mettre en exergue et utiliser à dessein les différences de race et de comportement chez les Arabes et chez les Kabyles,  aussi bien au sein de leur société civile que pendant les combats qui se sont déroulés . Le but étant, bien sûr, de pouvoir assimiler les Kabyles rapidement quitte à les dresser par la suite contre les Arabes et en faire un gage de sécurité pour la colonie.

Les Français ont crée le « mythe kabyle » qui consistait à juger que les Kabyles étaient supérieurs aux Arabes. Ils ont ainsi utilisé les différences sociologiques et les disparités religieuses pour montrer une représentation positive chez les Kabyles et négative chez les Arabes dans le but d’affirmer que les premiers cités étaient plus aptes à l’assimilation que les seconds.

 

Malgré le fait qu’à leur arrivée en Algérie, les français ont trouvé une population de trois millions d’habitants dont effectivement des Kabyles, des Arabes mais aussi des Turcs, des Kouloughlis (nés de Turcs et de Nord-Africaines), des Andalous ou Maures chassés d’Espagne, des Juifs, des Chaouias, des Mozabites, des Chenouis, ils ont réduit l’équation à la présence uniquement de Kabyles sédentaires et montagnards d’un coté et d’Arabes nomades des plaines de l’autre.

Dans cette différenciation il faut saisir la notion coloniale de Kabyle contre Arabe et non de Kabyle et d’Arabe. Cela influe sur toute la politique de la France coloniale envers les populations autochtones et cela veut dire que les français ont trouvé non pas des Kabyles et des Arabes en Algérie mais des Kabyles susceptibles de combattre contre des Arabes au profit de la France coloniale.

Cette perspective étant répandue il fallait alors « s’occuper » séparément de chaque catégorie d’autochtones et c’est ainsi que lorsque l’émir Abdelkader fut vaincu et sa reddition accomplie en 1947, la Kabylie proprement dite ne figurait pas dans la liste des trois départements de ce qui devint officiellement en 1948 la colonie intégrée  à la France. Pour être clair, il faut souligner que lorsque la majeure partie des territoires étaient conquis avec comme fin tragique la capitulation d’Abdelkader, les Kabyles, eux étaient considérés comme indépendants et jouissaient vis-à-vis de la France coloniale d’un statut de respectable voisin avec qui établir des relations d’égal à égal.

Les Français, à l’image de Tocqueville dans sa « Seconde lettre sur l’Algérie » pensaient que l’âme des Kabyles « plus intelligents » n’était pas impénétrable à la civilisation française comme l’était leur territoire, à l’opposé des Arabes dont « l’âme était encore plus changeante que leur demeure »

Il a été même question sous le Duc de Rovigo commandant en chef de l’armée en Algérie de décembre 1831 à Juin 1833  d’installer un certain M. Joly comme  consul français à Bougie pour développer les relations commerciales d’égal à égal avec les Kabyles et d’ouvrir ainsi le port aux navires français.

Le 10 juillet 2007, le président français Nicolas Sarkosy s’est rendu en Algérie et  « souhaite que l’Algérie affirme son identité arabo-islamique » sans dire un traître mot dans son interview au journal El-Watan sur la place  qui revient aux  Amazighs et à  leur langue séculaire mais toujours marginalisée.

Plus de cinquante après l’indépendance de l’Algérie,  cette politique serait-elle toujours en vigueur?

Abdelmadjid Adour

 

 

 

Cruauté humaine, dites-vous ?

La mante religieuse utilise un « subterfuge » pour le moins étonnant et cruel pour se rassasier : c’est pendant la relation sexuelle, au moment de la félicité atteinte par son amant qu’elle dévore celui-ci en commençant à le grignoter par la tête ! Ah, l’amour…..

D’autres cas tout aussi barbares peuvent être observés chez les animaux mais l’homme aussi est-il si cruel ?

Il n’y a qu’à voir, lire ou écouter les actualités de chaque jour pour s’en rendre compte : les égorgeurs ne manquent pas, les bombes font leur sale besogne à distance, lancées depuis les airs avec, dit-on, une précision chirurgicale, les assassinats, les enlèvements contre rançon et j’en passe et des meilleures.

Selon Wikipédia, voici, de triste et abominable réputation la méthode utilisée par les nazis dans leur système de mort des chambres à gaz,

(je cite) :

« une fois les portes fermées, un officier ss versait les cristaux de Zyklon B par des ouvertures dans le toit qu’il obturait ensuite par des dalles en béton. La mort survenait progressivement après 6 à 20 minutes de convulsions et d’étouffement. » etc…

Toujours selon Wikipédia, il ya eu un peu moins de trois millions de Juifs et des milliers de Tziganes tués ainsi. Au début du 21ème siècle, des chambres à gaz seraient encore utilisées pour assassiner des êtres humains en ….Corée du Nord.

Pourtant, à ces chambres à Gaz, il y a eu un ancêtre et cela s’est déroulé en Algérie, lors de la colonisation française, sauf que les moyens n’étaient pas aussi « sophistiqués »

Selon le site « axl.cefan.ulaval » (Université de Laval) qui retrace l’histoire de l’Algérie colonisée, (je cite) :

« Les Français se livrèrent à la guerre bactériologique en empoisonnant les puits, sans parler de la destruction systématique des cultures. Le général Thomas-Robert Bugeaud (1784-1849), par exemple, organisa de façon systématique le massacre de populations civiles en enfermant les gens dans des grottes afin de les gazer en les enfumant. Il se vantait même de vouloir exterminer les Arabes: «C’est la guerre continue jusqu’à extermination… Il faut fumer l’Arabe!» En réalité, seules quatre à cinq «enfumades» auraient été recensées; elles auraient été étalées sur une période de cinq ans. Néanmoins, des tribus entières arabes et berbères furent rayées de la carte. Alors que la population algérienne était estimée à quelque trois millions en 1830, elle n’en comptait plus que deux millions en 1845. Aujourd’hui, on n’hésiterait guère à parler d’une forme de génocide. En 1843, le général Bugeaud reçut la grande croix de la Légion d’honneur, puis fut fait maréchal de France en récompense de ses loyaux services. »

L’être humain, un ange ?

Abdelmadjid Adour

 

Marguerite Taos Amrouche, le combat

Taos Amrouche, chère icône dans le cœur des Kabyles qui ne veulent pas que leur culture millénaire que tu as défendu bec et ongles ne disparaisse, je t’écris.

Je ne sais si tu peux me lire là-bas où tu es mais je t’écris quand même.

J’ai été dans ton village d’Ighil Ali, il est très beau, il n’a pas changé, la grande rue est toujours là, bordée par les mêmes arbres chétifs et les mêmes habitations qu’il y a cinquante ans ! C’est dire combien le développement n’est pas passé par là depuis ces cinquante ans. Pourtant, les gens dans la rue sont toujours aussi allègres, heureux en apparence, ils rient et se racontent entre eux, des histoires, leurs histoires. Ils se contentent de ce qu’ils ont pour vivre et ils vivent. J’ai vu leur insouciance et le bonheur sur leurs visages malgré le manque, j’ai observé cela dans les cafés et au souk, un jour de marché hebdomadaire.

Mais j’ai vu aussi tout ce beau monde s’acculturer, détruire lui-même sa propre langue, sa propre culture et accepter de se faire imposer beaucoup moins noble.

Il n’est pas à douter de l’importance de ton engagement, de ce que toi et d’autres avez fait pour préserver notre

identité, notre patrimoine culturels, la question se pose à mes contemporains : se ressaisiront-ils pour continuer ton combat ?

Abdelmadjid ADOUR